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"No se trata de convencer, sino de convivir". L’ére post-persuasion

Christian Plantin
Université de Lyon
(Francia)

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Résumé

Cet article analyse de manière critique la définition courante de la rhétorique argumentative par son rapport à la persuasion, depuis son origine grecque jusqu'à la définition que les néo-rhétoriques, à la suite du Traité de l’argumentation (1958) de Perelman et Olbrechts-Tyteca. L’étude s’appuie sur un modèle “Question-Réponses” pour mettre en question l’équation reçue “discours argumentatif=discours d’opinion vs discours de vérité” qui traverse la rhétorique de Socrate et Aristote à Perelman. En opposition à cette prédominance accordée au persuasif, l’article adopte une perspective dialogique pour comprendre l’argumentation et invite à prêter plus d’attention à la variété des situations de confrontation des conclusions. Cette redéfinition de l’argumentation implique que chacun des discours en opposition constitue un analyseur de l’autre, ce sont des jumeaux antagonistes. De cette manière, l’argumentation constitue un espace où se développent des discours apportant des réponses contradictoires à une question controversée; elle se définit non plus comme ouvrière de persuasion ou de consensus, mais comme méthode de gestion des différences d'opinions et de représentations. En conclusion, le travail affirme que la rhétorique argumentative ne se définit pas forcément en relation avec la persuasion, qui est une fonction du langage qui dépasse les études rhétoriques ou argumentatives et constitue l’objet d’autres disciplines scientifiques. La théorie des interactions invite à prêter notre attention, au-delà de la simple persuasion, à des phénomènes comme co-construction des conclusions pendant la rencontre effective avec l’autre, ainsi qu’à une fonction fondamentale de l’argumentation: donner des mots aux conflits, permettre l’expression et l’approfondissement des différences.

Mots clés: rhétorique – argumentation – persuasion – pragmadialectique théorie des interactions.

Abstract

This article provides a critical analysis of the form in which argumentative rhetoric has usually been defined in its relation with persuasion, since its Greek origins to the neo-rhetoricians, from Perelman and Olbrechts-Tyteca’s The New Rhetoric: A Treatise on Argumentation (1958). The study bases his arguments on the “Question-Réponses” model and it questions the equivalence between argumentative discourse=opinion discourse vs. truth discourse that rhetoric underwent from Socrates and Aristotle to Perelman. In contrast to this predominance of the persuasive, the proposal is to understand argumentation from a dialogical perspective which considers the variety of situation during the confrontation of conclusions. The redefinition of argumentation implies that each of the opposing discourses is tackled as an analysis of its antagonist, like antagonistic twins. Thus, argumentation constitutes a space for the development of discourses in which there are a multitude of contradictory responses of a controversial question, which allows for the understanding of argumentation as a method of the management of opinion and representation differences instead of a “worker” at the service of persuasion or consensus. The conclusion of this work maintains that argumentative rhetoric is not necessarily defined in relation to persuasion, which rather constitutes the language function which exceeds rhetoric or argumentative studies and is tackled as the object of study of other scientific disciplines. With the theory of interactions, the study proposes thinking in co-construction of conclusions instead of persuasion in the effective encounter with the other and allows for the understanding one of the principal function of the argumentation: to offer words in the conflicts, enabling the expression and the reinforcement of differences.

Keywords: rhetoric – argumentation – persuasion – pragmadialectics – interactions theory.

Resumen

Este artículo analiza críticamente la definición usual de la retórica argumentativa en relación con la persuasión, desde su origen griego hasta la definición de los neo-retóricos, a partir del Tratado de la argumentación (1958) de Perelman y Olbrechts-Tyteca. El estudio se apoya sobre el modelo “Question-Réponses” para poner en cuestión la ecuación establecida “discurso argumentativo=discurso de opinión vs discurso de verdad” que atraviesa desde la retórica de Sócrates y Aristóteles hasta Perelman. En oposición a esta predominancia concedida a lo persuasivo, el artículo adopta una perspectiva dialogal en la comprensión de la argumentación e invita a prestar mayor atención a la variedad de situaciones de confrontación de conclusiones. Esta redefinición implica que cada uno de los discursos en oposición constituye un analizador del otro, son entre ellos gemelos antagonistas. De esta manera, la argumentación constituye un espacio donde se desarrollan los discursos ofreciendo respuestas contradictorias a una cuestión controvertida; ella se define ya no como obrera de la persuasión o del consenso sino como método de gestión de diferencias de opinión y representación. En conclusión, el trabajo sostiene que la retórica argumentativa no se define necesariamente en relación con la persuasión, que es más bien una función del lenguaje que sobrepasa los estudios retóricos o argumentativos y constituye el objeto de estudio de otras disciplinas científicas. La teoría de las interacciones invita a prestar atención, más allá de la mera persuasión, a fenómenos como la co-construcción de conclusiones durante el encuentro efectivo con el otro, así como a una función fundamental de la argumentación: ofrecer palabras a los conflictos, permitir la expresión y la profundización de las diferencias.

Palabras clave: retórica – argumentación – persuasión – pragmadialéctica – teoría de las  interacciones.

    Depuis son origine grecque, la rhétorique argumentative est couramment définie par son rapport à la persuasion. Ce lien a été réaffirmé par la définition que les néo-rhétoriques, à la suite du Traité de l’argumentation (1958) (que nous désignerons par TA) de Perelman et Olbrechts-Tyteca, proposent de l’argumentation, comme technique langagière définie par sa fonction perlocutoire psycho-cognitive “de provoquer ou d’accroître l’adhésion des esprits aux thèses qu’on présente à leur assentiment” (1976: 5). Nous voudrions questionner l’évidence de ce lien et reprendre la question de la persuasion du point de vue de l’argumentation définie comme un espace où se développent des discours apportant des réponses contradictoires à une question controversée.

Le premier paragraphe présente à grands traits ce modèle “Question Réponses” de la parole argumentative (Plantin, 1990, 1995, 2005). Lorsque nous parlerons de rhétorique, c’est cette rhétorique argumentative, ou encore argumentation, qui est désignée.

Les deuxième et troisième paragraphes mettent en question l’équation reçue “discours argumentatif=discours d’opinion vs discours de vérité”, qui traverse la rhétorique de Socrate et Aristote à Perelman.

Le quatrième paragraphe reprend la question de la persuasion pour souligner que, si la persuasion dépasse la rhétorique, la rhétorique peut se passer de la persuasion, comme l’avait déjà souligné Quintilien.

La recherche doit donc envisager des directions différentes, et pour contribuer à cette entreprise, nous proposerons une redéfinition non psychologique de la persuasion, accompagnée d'une vision de l'argumentation, non plus comme ouvrière de persuasion, ou de consensus, mais comme méthode de gestion des différences d'opinions et de représentations. La perspective dialogale sur l’argumentation permet de poser autrement la question, en introduisant, par exemple, la notion de co-construction des conclusions dans le cadre de l’argumentation collaborative. Les notions de ratification et d’alignement paraissent particulièrement fructueuses; elles donnent une base empirique à la recherche sur les systèmes d’alliance et les changements de rôles argumentatifs. On pourrait considérer qu’elles “externalisent” l’opération de persuasion, mais aussi bien que la persuasion n’est que le fantôme dont on croit qu’il meut la machine langagière.

1. Un modèle "question réponses"

 

    Le modèle “Question Réponses” de l’argumentation part de la notion de situation argumentative (SA), définie comme une situation de parole où des discours s’opposent sur ce que serait la “bonne réponse” à apporter à une question, que nous appellerons “Question argumentative” (QA). La SA correspond à des moments très banals (Certains veulent aller se promener dans le bois, mais d’autres se baigner à la plage, que faire?), ou très complexes, dans le cas des questionnements philosophiques (Les Idées platoniciennes existent-elles?), politiques (Devons-nous retirer nos troupes de Syldavie?), judiciaires (Est-ce le voleur qui a frappé le gendarme ou l’inverse?), et bien d’autres.

Il est possible que la question admette une palette de réponses plus ou moins nuancées ou simplement deux réponses antagonistes, mais, dans tous les cas, aucune ne s’impose a priori, chacune est en fait contestée, par l’existence même des autres réponses.

C’est l’existence d’une contestation de fait qui constitue une SA (que le contre-discours soit porté par un interlocuteur ou par une instance non présente dans la situation de communication). En droit, tout peut certainement être contredit, mais la SA suppose que la contradiction soit portée dans les faits, soit sous la forme d’une opposition face à face, soit, à l’autre extrême, sous la forme d’une gamme de possibilités débattue dialogiquement dans le for intérieur.

Ce modèle est celui de l’argumentation rhétorique: la SA s’ouvre quand les réponses à une question commencent à diverger, qu’une contradiction s’édifie, et qu’on ne sait jamais ni quand ni comment elle pourra se clore.

La vie d’une question peut être brève; mais lorsque les discours qui supportent les réponses sont de force égale (isosthéniques), la SA est stabilisée et son espérance de vie peut dépasser, et de loin, celle des argumentateurs.

Les réponses aux QA ne sont pas des réponses saturées par un oui/non, ou par un apport d’information. Un invité à une table ronde sur la question “Faut-il distinguer un niveau argumentatif dans la description sémantique?” s’est excusé par lettre de ne pas pouvoir être présent au débat mais a néanmoins exprimé sa position par un “Non” sec, qui a laissé les autres participants insatisfaits, voire quelque peu vexés. La réponse doit venir accompagnée d’un discours parce qu’elle est la conclusion d’une argumentation, et qu’en tant que telle elle doit s’entourer d’arguments.

Le paradoxe créé dans une SA est que chacune des propositions données en réponse prise isolément est sensée, mais qu’elles sont globalement contradictoires. C’est pourquoi les théoriciens de l’argumentation recherchent parfois, pour discriminer ces réponses, un critère de validité qui serait plus fort que le sens simplement “sensé”, et introduisent pour cela dans leurs modèles la notion de discours rationnel.

Dans une SA, la question fixe le principe de pertinence qui sera appliqué à chacun des actes signifiants produits par les participants engagés dans la situation. Par exemple, un journal étranger, connu pour ses positions rigoureuses, publie en 2010 un article très critique sur la politique française vis-à-vis de l'euro. Cet article est accompagné d’une photo du couple présidentiel français, dont la légende rappelle que l’épouse du chef de l’Etat est une chanteuse, ancien top modèle. L’ensemble photo et légende doit être interprété de façon co-orientée avec le reste de l’article, comme argument (au sens de coup rhétorique) tendant à invalider la position française, et probablement à la discréditer. La QA force l’interprétation argumentative de tous les actes sémiotiques produits dans le champ qu’elle oriente. Elle est une sorte d’aimant qui bipolarise les interventions: tous les éléments de phrase, les ébauches de gestes, les manipulations d’objets prennent sens par rapport aux pôles que constituent les positions prises, c’est-à-dire les réponses apportées à cette question. Toutes ont un pôle négatif (ce que tu dis ne tient pas debout/n’est pas satisfaisant) et un pôle positif (ce que je dis est évident/est tout de même plus raisonnable).

Il s’ensuit que l’étude de ces SA ne relève pas de l’analyse d’un discours monologal-monologique mais d’un corpus de discours organisé par une QA; on peut ainsi parler d’une approche “Question RéponseS” (“Q RS”), le “s” majuscule marquant la pluralité des réponses. La flèche ne marque pas une implication mais une relation langagière d’engendrement.

Cette pluralité est immédiatement donnée dans toutes les rencontres, où deux discours se mesurent directement, dans des formats un tant soit peu réversibles, où la parole est distribuée aux divers participants de manière relativement égalitaire, rencontres dont l’expression la plus claire est celle de l’interaction en face à face. Les interactions fournissent immédiatement des corpus de SA tout prêts. S’il s’agit de grandes discussions d’intérêt politique par exemple, la confrontation peut se développer, à l’oral ou à l’écrit, sous différents formats, sur plusieurs sites, dans plusieurs genres; sur ce type de questions, les corpus argumentatifs bien construits sont forcément hétérogènes. On ne peut pas se contenter de prendre pour objet la première argumentation qui passe à bonne portée; la technique de construction correcte de corpus est partie intégrante du travail en argumentation.

Dans la parole d’un locuteur engagé dans une SA, la parole de son Opposant est soit traitée ouvertement, par les différentes techniques du dialogisme, soit effacée. Dans ce second cas, la parole du locuteur, excluant son contre-discours, fait figure de vérité, et l’argumentation prend alors l’allure d’une justification incontestable. Il n’en reste pas moins que ce discours impeccablement monologal est, par essence, une Réponse à une QA qui en admet d’autres. Dans le groupe cible de l’argumentation, ou groupe Tiers, il sera reçu et compris en relation avec les autres discours antagonistes qui le structurent “en creux”.

Le passage argumentatif dialogique monolocuteur constitue ainsi un cas particulier où le contre-discours est internalisé. La tâche de l’analyste est alors de récupérer ce contre-discours, à partir des données disponibles dans l’environnement socio-langagier de l’intervention à laquelle il s’intéresse. Du point de vue méthodologique, dans la perspective défendue ici, celle de l’étude de la parole argumentative, l’objet d’étude n’est pas un discours mais une formation discursive centrée sur une question. Un “corpus” limité à un passage argumentatif monologal-monologique est une donnée incomplète. Les discours argumentatifs sont des jumeaux antagonistes. Il faut parfois aller chercher le contre-discours assez loin hors du discours, mais se priver du contre-discours authentique, c’est se priver d’une aide, car chacun des discours en opposition constitue un analyseur de l’autre. On n’est pas dans “l’analyse de discours” mais dans “l’analyse de discours/contre-discours”, l’analyse des anti-logies, ou des anti-phonies.

Il s’ensuit que, dans le contexte de la QA, seules les différences ont du sens argumentatif, le reste vaut pour vérité.

2. Argumentation et vérité

Ce paragraphe revient sur la mise en scène socratique du drame de la vérité, dans laquelle a été définie la persuasion, et lui oppose la dé-dramatisation aristotélicienne, où l’argumentation est simplement un instrument dans la construction difficile de la vérité.

La dramatisation platonicienne: la rhétorique persuasive contre la vérité

Dans le Phèdre de Platon, Socrate propose une définition de la rhétorique comme “art de conduire les âmes”:

Socrate: —L’art de la rhétorique n’est-il pas “l’art d’avoir de l’influence sur les âmes” par le moyen de discours prononcés non seulement dans les tribunaux et dans toutes les autres assemblées publiques, mais aussi dans les réunions privées? (Platon, Phèdre 261a)

Cette psychagogie sans doute dépouillée de sa fonction religieuse d’évocation des âmes des morts mais non de ses connotations magiques, marque d’emblée la fonction d’emprise attribuée à, ou que prétend exercer la persuasion rhétorique.

Socrate, dans le Gorgias, déstabilise l’entreprise rhétorique en lui opposant un discours contre la rhétorique au nom de la vérité:

Socrate: —Mais enfin, de quoi parles-tu?

Gorgias —Je parle du pouvoir de convaincre grâce aux discours, les juges au Tribunal, les membres du Conseil au Conseil de la Cité, et l'ensemble des citoyens à l'Assemblée, bref du pouvoir de convaincre dans n'importe quelle réunion de citoyens. (Platon, Gorgias 452 d-e)

A cette définition, Socrate oppose une contre-définition de la rhétorique comme “la contrefaçon d'une partie de la politique” (Gorg. 463d), la politique étant définie comme “l'art qui s'occupe de l'âme” (Gorg. 464b), définition qui n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec ce que nous appelons politique actuellement.

Le problème est donc de savoir comment, et surtout , on va conduire les âmes. Socrate dramatise le problème de la vérité en radicalisant l’opposition du vraisemblable/persuasif au vrai:

[Socrate:] en effet, dans les tribunaux, personne n’a là-dessus [[1]] le moindre souci de vérité; on se soucie plutôt de ce qui est susceptible de convaincre, c’est-à-dire du vraisemblable, à quoi doit s’attacher quiconque veut parler suivant les règles de l’art. (Phèdre 272d-e)

Et la bonne manière de conduire les âmes est renvoyée à un temps futur où enfin on connaîtra l’être de toutes choses:

Tant qu’on ne connaîtra pas la vérité sur chacune des questions dont on parle et sur lesquelles on écrit; tant qu’on ne sera pas capable de définir toute chose en elle-même; tant que, après avoir défini cette chose, on ne saura pas, à l’inverse, la diviser selon ses espèces jusqu’à ce qu’on atteigne l’indivisible; tant que, après avoir selon la même méthode analysé la nature de l’âme et découvert l’espèce de discours qui correspond à chaque nature, on ne disposera et on n’organisera pas son discours en conséquence —en offrant à une âme complexe des discours complexes et qui correspondent exactement à ce qu’elle demande, et des discours simples à une âme simple—, on restera incapable de manier le genre oratoire avec autant d’art que sa nature le permet, voilà ce que nous a révélé toute la discussion précédente. (Phèdre 277 b-c)

D’après Perelman, quand Platon rêve, dans le Phèdre, d’une rhétorique qui, elle, serait digne du philosophe, ce qu’il préconise, c’est une technique qui pourrait convaincre les dieux eux-mêmes (Platon, Phèdre 273c9)” (1976: 9). Dans le passage cité, il ne s’agit pas vraiment de persuader les dieux, mais plutôt de détourner l’homme sensé des autres hommes:

ce n’est pas pour parler et pour entretenir des rapports avec les hommes que l’homme sensé se donnera toute cette peine, mais pour être capable de dire ce qui plaît aux dieux et d’avoir, en toute chose, une conduite qui les agrée, autant que faire se peut. (Phèdre 273e)

Socrate a ainsi imposé le pathos de la vérité inaccessible, avec pour corollaire que le discours rhétorique se construit toujours sur du vraisemblable, c’est-à-dire comme du simili-vrai, contre la vérité. Au fond, on attribue à la rhétorique argumentative la fonction de persuasion un peu comme un stigmate marquant son incapacité congénitale à approcher, et à fortiori à atteindre la vérité, l’Être et les Dieux. Le vraisemblable n’a pas de rapport avec le vrai. Vivre dans la persuasion c’est vivre dans la croyance et l’opinion, vivre dans la caverne et non pas dans la vérité. Cette vision apparemment indéracinable de l’argumentation rhétorique, c’est-à-dire langagière, est donc ancrée dans la critique antidémocratique et antisociale que Socrate adresse aux discours institutionnels politiques et judiciaires, où sont traités les problèmes de la Cité. Mais ces dieux nous ayant quittés, il faut bien tenter de poser le problème de la vérité dans notre monde sublunaire.

La dédramatisation aristotélicienne: la rhétorique orientée vers la vérité

La rhétorique est donc l’art de convaincre, ou de persuader: Posons que le rhétorique est la capacité (dunamis) de discerner (theôrein) dans chaque cas ce qui est potentiellement persuasif (Aristote, Rhétorique 1355b 26). Cette orientation vers le persuasif est une constante des définitions de la rhétorique; Cicéron la reprend dans son petit catéchisme: “Cicéron fils: —Qu'est-ce qu'un argument? Cicéron père: —Une raison plausible inventée pour convaincre” (Cicéron, Divisions de l'art oratoire II, 5); “Crassus: Ainsi j'ai appris que le premier devoir de l'orateur est de s'appliquer à persuader.” (Cicéron, De l’orateur I, XXX, 138). On note que les traducteurs des textes classiques emploient indifféremment persuader et convaincre.

Aristote a radicalement dédramatisé l’ensemble de la problématique en soutenant qu’il y a non pas opposition mais continuité entre opinion et vérité, et cela au moins pour quatre raisons. D’une part, un premier faisceau de trois raisons: car l’examen du vrai et du semblable au vrai relève de la même capacité, et, en même temps, les hommes sont par nature, suffisamment doués pour le vrai, et ils arrivent la plupart du temps à la vérité (Rhét. 1355a 10-20); en quatrième lieu, la rhétorique falsificatrice ne fonctionne pas: le vrai et le juste ont naturellement plus de force que leurs contraires (Rhét. 1355a 20-25); et enfin, il est possible d’établir un contrôle éthique sur la parole: “on ne doit pas persuader de ce qui est mal (Rhét. 1355a 30-35).

Le vraisemblable est donc défini non pas comme du faux portant le masque du vrai, mais comme une orientation vers la vérité, s’exprimant sous la forme d’un endoxon, qui, comme tous les endoxa doit être mis à l’épreuve de la critique, c’est-à-dire travaillé argumentativement dans des discours antiorientés.

Réintégrer la preuve: le discours argumentatif comme discours “non technique”

Cette orientation vers la preuve doit être menée à son terme par une remise en cause de la distinction reçue entre preuves dites techniques et preuves dites non techniques. On tire en effet argument pour la limitation des capacités véridictives de la rhétorique argumentative du fait que la persuasion rhétorique technique serait le produit de trois types de preuves, dont seules les preuves logiques seraient réellement attachées à un logos, à une raison discursive.

Les preuves dites pathémiques et éthotiques sont en effet des moyens sinon de persuader, du moins de subjuguer l’auditoire, mais ces pressions ne deviennent rédhibitoires que si leur force ne s’exerce que dans un seul sens, c’est-à-dire si l’auditoire et le juge ne sont soumis qu’à un seul discours, sans contradicteur. C’est cette absence de contradiction qui rend éthos et pathos aussi insupportables que manipulateurs. Mais dans les situations rhétoriques de base, tous les discours sont doubles, les discours publics de prise de décision comme les autres, comme nous l’avons rappelé au §1. Les théories de l’argumentation supposent une critique de la personne et de ses émotions, critique opérée par des contre-discours tenus par d’autres participants à l’interaction, contre-discours où s’incarne d’autres personnes, construisant d’autres émotions. Si les émotions socio-rhétoriques sont des construits langagiers, elles sont accessibles à la critique: il existe un discours qui construit l’indignation, et l’enthousiasme comme il y a un discours qui ramène tout le monde au calme, un discours qui fait honte, et un discours qui apaise le honteux (ces questions sont développées dans Plantin, 2011).

Enfin, si le discours rhétorique est tenu pour un discours faible c’est parce qu’il a été affaibli, sur le plan des principes, comme nous venons de le voir, mais aussi parce qu’on en a éliminé les preuves décisives, en déclarant qu’elles étaient extra-techniques, et que seules relevaient de la rhétorique les preuves techniques.

Parmi les moyens de persuasion, les uns sont non techniques, les autres techniques. J’appelle non techniques tout ce qui n’est pas fourni par nous, mais existait préalablement, comme les témoins, les dépositions obtenues sous la torture, les engagements écrits, etc.; est technique tout ce qu’il est possible d’élaborer par la méthode et par nous-mêmes. Ausssi, parmi ces moyens, les uns sont à utiliser, les autres à découvrir. (Rhét. I, 1355b35) 

Mais nous lisons bien: les éléments “non techniques” [inartificiales] sont à utiliser; et, pour cela, ils appellent évidemment un traitement discursif il faut généralement, pour les soutenir ou les réfuter, recourir aux moyens les plus puissants de l’éloquence (Quintilien, Institution Oratoire V, I, 1).

Un point très important sur cette question du technique et du non technique a été souligné par Gerardo Ramírez Vidal, dans son ouvrage sur La Retórica de Antifonte. La rhétorique est née dans le cadre judiciaire. Or pour certains procès on ne dispose d'aucun d'éléments de preuve factuelle, en particulier, on n’a ni document ni témoin qui permettraient de trancher. C'est dans ces derniers cas qu'on a recours exclusivement aux fameuses preuves “techniques”. Mais dans le cas courant, les preuves matérielles, dites “non techniques”, permettent évidemment de trancher: cuando uno de los litigantes poseía pruebas no técnicas, el asunto resultaba claro para los jueces, y no había necesidad de muchas palabras. (Ramírez Vidal, 2000: 56; voir aussi la suite). La preuve dite non technique est essentielle dans le domaine judiciaire. La notion de preuve technique renvoie à un cas tout à fait spécial, où tout document légal, tout indice matériel, tout témoignage ferait défaut, où, en conséquence, tous les arguments peuvent être renversés et retournés à l’infini —voir l'épisode cocasse des fameux comiques Tisias et Corax. Bref, si l’on exclut par définition du discours argumentatif ce qui fait preuve, il ne faut pas déplorer que ce discours ne soit pas probant.

Tout ceci peut paraître, étrange et très lointain, mais à tort. Il est sûr que l’appellation de preuves extra-techniques, maintenue sans profit dans le catéchisme rhétorique, est particulièrement malheureuse car ces preuves sont exactement celles que nous appellerions techniques. La terminologie, qui calque le latin n’est pas plus utile: si on associe à la rhétorique les preuves artificielles (techniques, artificiales), tout utilisateur croyant naïvement que les traductions françaises sont en français, estimera que ces preuves sont par nature bricolées et manipulées; quant aux preuves inartificielles, on ne voit pas ce que cela peut être, sinon des preuves naturelles, ce qu’elles ne sont pas, comme l’a rappelé Quintilien (voir supra).

Il faut considérer comme un fait empirique que le discours argumentatif se caractérise par l’hétérogénéité des preuves qu’il mobilise. L'enjeu de cette discussion sur les preuves est la définition même de l'objet de l’argumentation. Soit on installe l’analyse du discours rhétorique argumentatif dans le confort abstrait de discours décontextualisés, coupés de leurs conditions de production et de fonctionnement, soit on s'intéresse à leur insertion dans le monde, petit ou grand, de l'action à laquelle ils participent. La limitation au “technique” implique donc une vision mutilée de la réalité fonctionnelle du discours argumentatif, discours coupé de la vérité elle-même renvoyée à des espaces extra-terrestres, ou cantonnée à ce qui se fait dans “l’autre culture”, celle des sciences et des mathématiques.

De toute évidence, la rhétorique persuade ou convainc (sur cette opposition, voir infra); elle le fait avec plus ou moins de succès, en se conjuguant à d’autres facteurs d’influence. Les mathématiques et les sciences également: à la suite d’Euclide et jusqu’au 19e siècle, les mathématiciens étaient persuadés et convaincus que par un point pris hors d’une droite on pouvait mener une et une seule parallèle à cette droite.

Mais le problème est-il celui des états psychologiques? A la limite, on peut considérer que le discours d’opinion en tant que tel n’a pas d’autre assise que la construction mentale qu’il édifie, —des convictions, fruits de l’entreprise de persuasion, voir infra—, construction qu’il serait même excessif de qualifier de “représentation” d’une réalité que tout simplement il ignore; pour désigner cette vaine construction, il serait peut-être utile de parler de persuasion. Mais le discours de vérité, lui, n’a rien à faire des états mentaux; il n’a que faire des persuasions non plus que des convictions, notions qui renvoient à une vaine tentative de re-psychologisation des connaissances dont toute la science du XXe s’est défaite. C’est-à-dire que si l’on accepte de voir que le discours argumentatif participe de la vérité, le problème de la persuasion se posera sur d’autres bases.

3. Perelman: Persuader/convaincre

    Dans la mesure où Perelman et Olbrechts-Tyteca opposent persuader et convaincre et renvoient convaincre à l’auditoire universel, ils semblent répéter la vision platonicienne en reconduisant la vérité hors du monde. Cette vision est, par ailleurs, renforcée par la conception inutilement durcie de la démonstration que le Traité oppose à l’argumentation, point que nous n’aborderons pas ici (Plantin, 2010).

Nouvelle rhétorique et persuasion

[L’objet de la théorie de l’argumentation] est l’étude des techniques discursives permettant de provoquer ou d’accroître l’adhésion des esprits aux thèses qu’on présente à leur assentiment (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1976: 5). En mettant au premier plan les techniques discursives et l’adhésion des esprits, la définition de Perelman et Olbrechts-Tyteca donne à la théorie moderne de l’argumentation les mêmes fondements que ceux de la rhétorique argumentative aristotélicienne, les topoi, et resitue la réflexion contemporaine sur l'argumentation dans le cadre des réflexions classiques sur la persuasion. Dans le Traité, cette notion reçoit un traitement original sur plusieurs points.

En premier lieu, elle fait intervenir la notion d’assentiment. Cette notion, fondamentale pour la théorie stoïcienne de la connaissance, est définie comme un acte volontaire de l'âme qui se produit toutes les fois qu'elle reçoit une impression vraie, ce qui suppose une harmonie entre la volonté et la vérité: “l'âme veut le vrai”. La marque de l'impression vraie est l'assentiment qu'on lui accorde. Du point de vue rhétorique, l’intervention de l’assentiment problématise la réception de l’acte de persuasion. Il rétablit un équilibre entre orateur et auditeur: à l’intention de persuader du premier correspond la capacité d’assentir du second. L’acceptation est un acte, l'assentiment accordé à une proposition connaît des degrés.

En second lieu, la plupart des discussions autour de la rhétorique emploient comme des synonymes persuader et convaincre. Le TA oppose ces deux termes, dans ce qui constitue une de ses thématiques majeures. Le TA se situe dans la perspective d’une rhétorique de la persuasion se développant dans une interaction sans structure d’échange: tout discours s'adresse à un auditoire et on oublie trop souvent qu'il en est de même pour l'écrit (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1976: 8). La distinction entre persuader et convaincre est ensuite établie sur la base d’une hiérarchisation des auditoires: Nous proposons d'appeler persuasive une argumentation qui ne prétend valoir que pour un auditoire particulier et d'appeler convaincante celle qui est censée obtenir l'adhésion de tout être de raison (1976: 36). C’est une définition stipulative, dont la visée est normative:

C'est donc la nature de l'auditoire auquel des arguments peuvent être soumis avec succès qui détermine dans une large mesure et l'aspect que prendront les argumentations et le caractère, la portée qu'on leur attribuera. Comment se représentera-t-on les auditoires auxquels est dévolu le rôle normatif permettant de décider du caractère convaincant d'une argumentation? Nous trouvons trois espèces d'auditoires, considérés comme privilégiés à cet égard, tant dans la pratique courante que dans la pensée philosophique. Le premier, constitué par l'humanité tout entière, ou du moins par tous les hommes adultes et normaux et que nous appellerons l'auditoire universel; le second formé, dans le dialogue par le seul interlocuteur auquel on s'adresse; le troisième, enfin, constitué par le sujet lui-même, quand il délibère ou se représente les raisons de ses actes. (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1976: 39-40)

Le deuxième auditoire est celui de la dialectique, et le troisième, celui de la rhétorique énonciative.

En troisième lieu, l’intention persuasive est discutée en relation avec l’action. Dans un complément indispensable à la définition de base de l’argumentation, mais souvent négligé, car il n’est sans doute pas facilement articulable à la notion d’auditoire universel, le TA prolonge la réflextion sur la persuasion jusqu’à l’action: c’est l’argumentation qui produirait la disposition à l’action:

le but de toute argumentation, avons-nous dit, est de provoquer ou d’accroître l’adhésion des esprits aux thèses qu’on présente à leur assentiment: une argumentation efficace est celle qui réussit à accroître cette intensité d’adhésion de façon à déclencher chez les auditeurs l’action envisagée (action positive ou abstention), ou du moins à créer, chez eux, une disposition à l’action, qui se manifeste au moment opportun. (Perelman & Olbrechts-Tyteca, 1976: 59)

 Position réaffirmée un peu plus loin: seule l’argumentation, […] permet de comprendre nos décisions. […] elle se propose de provoquer une action (1976: 62).

Le point final du processus argumentatif n’est pas la persuasion vue comme un simple état mental, une “adhésion de l'esprit”; l'ultime critère de la persuasion complète est l'action accomplie dans le sens suggéré par le discours, l’émotion joue un rôle essentiel dans ce passage à l'acte. L’adhésion au-delà d’un certain degré déclencherait l’action. On se trouve à un nœud où l’on cherche à combiner argumentation, persuasion traditionnelle, émotions et valeurs pour construire une réponse au problème philosophique de l’action.

La distinction entre persuader et convaincre fonde une norme de l’argumentation, correspondant respectivement à la visée d’un auditoire particulier et d’un auditoire universel. Nous ne discuterons pas davantage l’idée, en tout point remarquable, de situer la norme de l’argumentation du côté de l’auditoire —c’est-à-dire du côté des participants à l’interaction, et non pas dans un système de règles transcendantales départageant a priori le rationnel et le fallacieux.

On aboutit ainsi à une série d’oppositions classiques dans le domaine de l’argumentation, qui résument un “prêt-à-penser” dont la fortune pédagogique est immense: 

Persuader

Convaincre

Rhétorique

argumentation (*)

Argumentation

démonstration (*)

Efficacité

Vérité

Opinion

Savoir

auditoire particulier

auditoire universel

les hommes

les dieux

Überreden

Überzeugen

langage naturel

langage idéal

 

(*) La même opposition indéracinable structure également la pensée commune sur l’argumentation opposée positivement à la rhétorique, mais négativement à la démonstration; c’est pour cela que argumentation doit figurer dans les deux colonnes.

Retour aux mots: persuader, convaincre

En grec, le mot utilisé pour désigner la preuve rhétorique est pistis. A la différence du mot français preuve, pistis appartient à une famille de termes exprimant les idées de confiance en autrui, ce qui fait foi, preuve” (Bailly, 2000; art. [pistis]). Les familles lexicales de termes grecs que l’on traduit par persuader, persuasion, associent les sens de “persuader, séduire, tromper qn”, ainsi que “obéir à qn” (Bailly, 2000; art. [peitho]). A cette famille appartient également le nom propre Peithô, nom de la compagne d'Aphrodite (parfois Aphrodite elle-même), déesse de la beauté, de la séduction et de la persuasion. Vu au miroir des dictionnaires, le terme pistis est syncrétique, il couvre pour nous le champ de la preuve, de la séduction, de la soumission et de la persuasion. Il en résulte en somme que dire “la preuve rhétorique persuade” est un pléonasme.

En latin, le verbe suadere signifie “conseiller”; l'adjectif correspondant, suadus, signifie “invitant, insinuant, persuasif” (Gaffiot, 2000; art. suadere). Persuadere est formé de suadere et du préfixe aspectuel per- indiquant l'aboutissement du procès.

Convincere est composé de con (cum-) + vincere, vaincre, “vaincre parfaitement” (Gaffiot, 2000; art. convinco). Le préfixe cum- a dans ce mot le sens d’un accomplissement, comme per- de persuadere. Convincere a pour premier sens confondre un adversaire (Gaffiot, 2000); le même sens se retrouve dans l’expression française “convaincre X de mensonge”, où convaincre est suivi d’un objet direct désignant un être humain X et d’un groupe nominal “de + Substantif” désignant quelque chose de condamnable, que X se défend, en vain, d’avoir commis.

Persuader vs convaincre

En anglais, les traditionnalistes ont tenté d’établir une opposition entre to persuade/to convince en soutenant que convince devrait être réservé à des situations dans lesquelles les croyances sont changées sans qu’il y ait passage à l’action, et que persuade devrait l’être pour des situations où une action est entreprise; mais in practice the newer use is well established. (OED, 2011; art. persuade).

Dans le lexique français, il existe une opposition aspectuelle persuasion/conviction: “la conviction est le résultat du processus de persuasion”; le signe * marque des mots ou des énoncés qui ne sont pas en usage. Les capacités dérivationnelles des deux termes sont identiques:

V

PPrst/Adj (actif)

PP/Adj (passif)

Subst –ion

persuader

Persuasif

persuadé

Persuasion

convaincre

Convaincant

convaincu

Conviction

 

L’opposition aspectuelle persuasion/conviction s’exprime dans les termes suivants: 

la persuasion

la conviction

le procès de persuasion

*le procès de conviction

l'auto-persuasion

*l'auto-conviction

*c'est ma persuasion

*une, les persuasions de Pierre

c'est ma conviction

une, la, les convictions de Pierre

 

Le script de l’acte de persuasion, dont le résultat est la production de nouvelles convictions:

Un orateur adresse un discours persuasif à un auditoire A, sur le thème P;

si tout fonctionne bien pour l’orateur

— (A) est convaincu ou persuadé de P

— (A) a acquis de nouvelles convictions (*persuasions)

En français persuasion/conviction s’opposent sur une base aspectuelle, procès/résultat: l’état de conviction est le résultat du procès de persuasion.

Conclusion: le TA propose une opposition conceptuelle sur la base des verbes persuader et convaincre, et non pas, comme on le fait généralement sur la base des substantifs persuasion et conviction. C’est que ces substantifs ne s’opposent pas comme croyance/savoir, mais sur une base aspectuelle d’un tout autre type. Il y a des contraintes strictement lexicales sur la construction du langage conceptuel.

La compétition conceptuelle

On ne peut pas décider a priori quels sont les mots d’un champ lexical qui pourraient accéder au concept”. Il y a en linguistique une théorie de l’ironie, et du mot d’esprit, mais le sarcasmo, le chiste, la broma, la macana, la chirigota n’ont pas bénéficié de la même promotion conceptuelle.

Ce repositionnement de la question de la persuasion passe par un élargissement de la perspective conceptuelle. La définition de la persuasion doit être élaborée à l’intérieur du champ des actes de langage qui, comme la persuasion, ont pour effet de “changer l’état mental de la cible et ses dispositions à l’action”, champ qui inclut des termes comme: catéchiser, conseiller, convertir, (exercer une) emprise, exciter, exhorter, inculquer influencer, insinuer, inspirer, inviter, prêcher suggérer, etc. (CRISCO, 2008).

4. Reprendre la question de la persuasion

Ce paragraphe développe les points suivants:

—la rhétorique argumentative ne se définit pas forcément en relation avec la persuasion;

—la rhétorique de la persuasion tend à se dissoudre dans une rhétorique de l’identification;

—la persuasion est une fonction du langage, qui dépasse les genres rhétoriques;

—la persuasion ne passe pas forcément par le langage, et l’étude de la persuasion est l’objet de sciences qui l’étudie hors de toute préoccupation de rhétorique ou d’argumentation.

Une rhétorique sans persuasion, ars bene dicendi

Le Chapitre 15 du livre II de l’Institution Oratoire de Quintilien est consacré à la mise en question de la définition de la rhétorique en relation avec la persuasion: la définition la plus commune de la rhétorique est ‘le pouvoir de persuader’” (Inst. Orat., II, 15, 3), définition dont il attribue la paternité à Isocrate. Toutes les définitions qui lient la rhétorique à la persuasion sont rejetées:

—soit comme pouvoir de persuader:

Mais, au vrai, la persuasion n’est-elle pas apportée aussi par l’argent, le crédit, l’autorité et le rang du sujet parlant, ou même, enfin, sans l’aide de la voix, par le seul aspect, lorsque par exemple, le rappel des mérites de quelqu’un, ou un visage qui inspire la pitié, ou la beauté physique, dicte le verdict? (Inst. Orat., II, 15, 3)

Et il s’agit ici de situation judiciaire, celle dans laquelle la parole est supposée exercer son pouvoir persuasif maximum.

—soit comme ouvrière de persuasion, y compris avec la restriction pouvoir de persuader par la parole”: car d’autres que les orateurs persuadent par leur parole et conduisent où ils veulent, les filles galantes, les adulateurs, les corrupteurs” (Inst. Orat, II, 15, 4).

Finalement, Quintilien reprend à son compte la définition de la rhétorique attribuée aux stoïciens et à Chrysippe: la définition qui conviendra parfaitement à la substance de la rhétorique, c’est “la science de bien dire” [rhetoricen esse bene dicendi scientiam]”; sa finalité est de penser et de parler comme il se doit”.

L’opposition entre ces deux rhétoriques a été diversement nommée: primary/secondary rhetoric” (Kennedy, 1999); extrinsischen/intrinsischen rhetoric” (Kienpointner, 2003). On pourrait également opposer une rhétorique de l’énonciation, —rhétorique introvertie, centrée sur le locuteur en son for intérieur, orientée vers la justesse de la pensée et la précision du discours—, à une rhétorique de l’interaction extrovertie, focalisée sur l'interlocuteur, communicationnelle et parfois éloquente.[2]

La rhétorique énonciative est une rhétorique dont les dimensions communicationnelles et interactionnelles, donc persuasives, sont affaiblies, mais qui n’en reste pas moins une rhétorique argumentative. La Bruyère a exprimé l’orientation profonde de cette rhétorique qui a renoncé à l'éloquence et à la persuasion: Il faut chercher seulement à penser et à parler juste, sans vouloir amener les autres à notre goût et à nos sentiments; c'est une trop grande entreprise” (La Bruyère, 1951).

Persuasion, identification, auto-persuasion

D’après Perelman et Olbrechts-Tyteca, l’argumentation visant à persuader repose sur l’établissement d’accords de divers types. Kenneth Burke a souligné que la persuasion suppose une identification:

when you are with Athenians, it's easy to praise Athenians, but not when you are with Lacedaemonians. Here is perhaps the simplest case of persuasion. You persuade a man only insofar you can talk his language by speech, gesture, tonality, order, image, attitude, idea identifying your ways with his. (1950: 55)

Dans un cadre tout différent, la notion d’identification est fondamentale pour la théorie de l’argumentation dans la langue d’Anscombre et Ducrot (Anscombre & Ducrot, 1983; Ducrot, 1972, 1988). Dans un premier temps, le locuteur met en scène une gamme d’énonciateurs, sources des points de vue évoqués dans l’énoncé. Dans un second temps, il s’identifie à tel énonciateur et non pas à tel autre, en fonction de la structure grammaticale.

Selon la doxa rhétorique, l'orateur qui veut persuader un auditoire doit passer des accords préalables avec lui. Cette négociation des accords ne peut se faire que par un dialogue argumentatif, préalable au dialogue argumentatif primitivement envisagé, ce qui engage exactement dans le paradoxe qu'on voulait éviter: pour parvenir à un accord, il faut déjà être d'accord. Sous peine de régression à l'infini, l'orateur doit se résoudre non pas à se mettre d'accord avec mais à s'accorder à son auditoire. Pour cela il s'informe sur cet auditoire dont il se fait une image; c'est bien ce que prévoit la théorie des èthè des auditoires, dimension toujours négligée, alors que tant d’attention est accordée à l'éthos de l'orateur.

Le discours de l'orateur réfracte ce travail sur l'auditoire par trois types de “preuves”. Chacune de ces preuves est calculée en fonction de l’auditoire et correspond à une forme d’accord implicite ou explicite passé avec le groupe qu’il s’agit de convaincre. Par les preuves éthotiques,[3] l’orateur se présente/se construit discursivement en fonction de son auditoire; par les preuves logiques, il choisit et schématise ses objets et ses jugements en fonction de ceux que l’auditoire peut admettre; par les preuves pathémiques, il se met en empathie avec son auditoire.

En conséquence, pour obtenir l'identification de son auditoire, l’orateur doit d'abord s'identifier à lui. Au terme de ce processus d’adaptation, on peut se demander, en fin de compte, qui a absorbé qui, qui a persuadé qui? La rhétorique de la persuasion n'exprime qu'une introversion de groupe: elle reste fondamentalement solipsiste. On veut bien être persuadé, mais pas par n’importe qui: si l’orateur réussit à persuader son auditoire, c’est que l’auditoire a bien choisi son persuadeur.

Nous avons opposé la rhétorique extravertie de la persuasion, à une rhétorique introvertie de l'expression juste, du bien dire, mais il faut se demander dans quelle mesure la rhétorique dite extravertie n'exprime qu'une introversion de groupe; l'étrange concept de communion” proposé par Perelman et Olbrechts-Tyteca résume bien la vision identitaire de la rhétorique de la persuasion (1976: 67 et suivantes). C'est d'ailleurs pour cela que la théorie de l'argumentation–persuasion a tant de difficulté à poser une question comme celle du deep disagreement”, dont l'existence indiscutable constituerait un défi radical and shocking”, susceptible d'invalider toute l'entreprise argumentative (Turner & Campolo, 2005). Dans cette vision, il y a toujours un reste, l'out group rhétorique, ceux avec qui, dit le TA, on ne discute pas mais à qui on se contenter de donner des ordres.

Persuasion généralisée

De même que la rhétorique ne peut pas se définir comme l’étude de la persuasion, elle ne peut pas se définir comme l’étude des genres langagiers persuasifs, dans la mesure où la fonction persuasive n’est pas liée à un genre mais est coextensive à l’exercice du langage. On retrouve l’objection de Quintilien: si toute parole a la capacité de persuader, quelle est la spécificité de la persuasion rhétorique?

La persuasion langagière peut jouer sur les deux registres, celui de la persuasion ouverte comme celui de la persuasion cachée. Elle doit être vue non pas comme une fonction spécifiquement attachée à un genre, mais au langage en général. Elle est un aspect de ce que les différents modèles des fonctions du langage classent comme fonction d’action sur le destinataire (fonction d’appel ou fonction conative: Bühler, 1976; Jakobson, 1963). D’une façon plus précise, Benveniste (1966: 242) oppose l’histoire (le récit) au discours, et fait de l’intention d’influencer une caractéristique de tout discours:

nous avons, par contraste situé d'avance le plan du discours. Il faut entendre discours dans sa plus large extension: toute énonciation supposant un locuteur et un auditeur, et chez le premier l'intention d'influencer l'autre en quelque manière. C'est d'abord la diversité des discours oraux de toute nature et de tout niveau… mais c'est aussi la masse des écrits qui reproduisent les discours oraux ou qui en empruntent le tour et les fins. (Benveniste, 1966: 242; je souligne)

D’un point de vue très différent, Nietzsche, dans ses leçons sur la rhétorique, généralise la force rhétorique pour en faire l’essence du langage”:

la force <Kraft> qu'Aristote appelle rhétorique, qui est la force de démêler et de faire valoir, pour chaque chose, ce qui est efficace et fait de l'impression, cette force est en même temps l'essence du langage: celui-ci se rapporte aussi peu que la rhétorique au vrai, à l'essence des choses; il ne veut pas instruire <belehren>, mais transmettre à autrui <auf Andere übertragen> une émotion et une appréhension subjective. (Nietzsche, 1971: 111)

Ces tendances à la généralisation sont d’ailleurs prévues dans toutes les définitions de la rhétorique comme technique capable de développer des capacités naturelles des individus (Lausberg, 1960).

Qui étudie la persuasion?

Le monde entier, les événements matériels, parmi lesquels les découvertes scientifiques et les innovations techniques, les flux langagiers qui les accompagnent ou les constituent, produisent et rectifient (mais pas forcément dans le même sens) les pensées, les paroles et les actions des individus et des groupes. Il ne s’agit évidemment pas de “nier la persuasion”, bien au contraire, la persuasion est une notion englobante, prise pour objet d’étude par des disciplines qui, assurément à tort, font une impasse totale sur l’argumentation rhétorique. La question de la persuasion doit donc être reposée dans le contexte des disciplines contemporaines qui, elles, s’occupent réellement de la chose.

L’argumentation rhétorique ne peut pas être définie par son objectif, qui serait le processus de persuasion, pour la simple raison que la persuasion est un objet revendiqué par bien d’autres disciplines. L’étude des changements de représentations mentales est l’objet des sciences et de la philosophie de la cognition; de la neuropsychologie et —horresco referens— de la programmation neuro-linguistique. L’ouvrage célèbre et évité de Vance Packard, Hidden persuaders, est paru en 1957, un an avant le Traité de l’argumentation. Dans la foulée de cet ouvrage, mais avec des méthodes et des savoirs autrement sophistiqués, le neuromarketing s'intéresse de près à la question de la persuasion (Frazier, 2007).

Pour prendre une discipline moins sulfureuse, la psychologie sociale compte parmi ses objets fondamentaux l'étude théorique et expérimentale des influences sociales (des croyances, des convictions, des processus de conditionnement, de persuasion, de suggestion, d’incitation, des phénomènes d’emprise, etc.), la formation, les manifestations et les conditions du changement d’attitude, et les relations de tout cela avec les actions des individus ou des groupes. Un indice parlant: on observe que les grandes études classiques publiées au siècle dernier sur la persuasion ne font pratiquement jamais allusion à la rhétorique, ni d'ailleurs à l'argumentation. Un recueil de textes sur la psychologie de la persuasion, intitulé La persuasion, ne mentionne ni le mot rhétorique ni le mot argumentation (Yzerbit & Corneille, 1994) (l'inverse étant d'ailleurs moins vrai en ce qui concerne les travaux américains en rhétorique et argumentation).

Cette dure leçon, et injuste, suggère que la notion psychologique de persuasion ne peut fournir la boussole orientant l’étude de l’argumentation rhétorique. La problématique de la persuasion peut être légitimement invoquée à propos du discours, mais l’étude du processus de persuasion, y compris sous ses facettes langagières, ne peut en aucun cas être mené dans le seul cadre des études rhétoriques. Si les chercheurs en argumentation souhaitent s'intéresser à la persuasion, il faut certainement définir une politique de bon voisinage, voire de coopération avec la psychologie; on n'en relève guère de traces ni de prémisses. En français, les travaux de Claude Chabrol sont parmi les très rares à faire le lien (Chabrol & Radu, 2008).

5. L'ére post-persuasion

Persuasion et colonisation des esprits

Toute la réflexion sur la persuasion rhétorique est guidée par le présupposé que l’œuvre de persuasion est intrinsèquement bonne, même si l’on doit bien concéder que les hommes et les femmes ont une tendance fâcheuse à faire un mauvais usage des meilleures choses. L’œuvre de persuasion est implicitement valorisée. Le persuadeur, aristocrate de la parole, est mis dans la position haute de celui qui vise l’universel, alors que les membres de l’auditoire occupent la position basse, sans substance, de ceux qui ne savent pas, incapables de raisonner (voir la définition dite “rhétorique” de l’enthymème), de décider, ceux qu’il faut guider, car ils sont, les pauvres, vulnérables à la tromperie et à la manipulation (celle de l’autre, bien entendu).

Sur le plan politique, la persuasion est le nom décent donné à la propagande; propagandistes et convertisseurs se veulent tous “hommes de bien”. A l’époque même du Traité, J.-M. Domenach (1950: 8) attribuait à la propagande la fonction de créer, transformer ou confirmer des opinions”, définition étrangement proche de celle que le TA propose pour l’argumentation. Domenach compte parmi les instruments de la propagande non seulement l'écrit et la parole, mais aussi l'image et tous les types de manifestations spectaculaires exigeant de la cible une action (“mettez-vous à genoux, et alors vous croirez”). Cette ouverture à divers supports signifiants inscrit l'analyse de discours dans l'étude des processus de persuasion, ouverts ou cachés tels qu'on peut les observer dans les domaines de la vente à domicile, du militantisme politique ou religieux. Persuader, c’est aussi convertir et assujettir, ou, comme le dit Dascal à la suite de Mary Douglas, coloniser les esprits” (Dascal, 2009), bien entendu, toujours pour les sauver de quelque mal et les orienter vers quelque bien, dont ils ne sont pas vraiment conscients. Pas plus que de juges et de tribunaux, les dictatures n’ont jamais manqué de persuadeurs, hommes de bien autoproclamés. L’Europe est pourtant bien placée pour le savoir.

Argumenter dans une structure d’échange

La pragmadialectique part non pas d’une opinion à transmettre, mais d’une différence d’opinion, qui accorde au moins à chaque opinion une égale dignité de principe, même si le but final est de réduire ces deux opinions à une. La théorie des interactions invite à prêter notre attention, non pas à la persuasion, mais à la co-construction des conclusions; la thèse que l’on propose à l’assentiment de l’autre peut sortir radicalement transformée de la rencontre effective avec l’autre.

On peut enfin proposer une définition strictement langagière et interactionnelle de la persuasion: persuader, c'est cadrer, c’est-à-dire tenter d’inscrire la réaction langagière de l’interlocuteur dans la “suite idéale” de l’intervention du locuteur. Cette suite idéale, dans la théorie de l’argumentation a pour caractéristique majeure de respecter les présupposés, et sans doute bon nombre de sous-entendus. Il s’ensuit qu’être persuadé, c’est respecter le cadrage, et, du point de vue de la théorie des interactions, ratifier le discours auquel on est exposé.

L’ère post-persuasion: gérer les différences

Les approches les plus courantes focalisent sur la persuasion, l’adhésion, la communion, le consensus, la co-construction…: ces termes sonnent comme des impératifs moraux. La différence c'est mal, l'identique, c'est bien; il faudrait être bien méchant pour ne pas être d'accord avec le principe de l'accord. La mise au premier plan de la persuasion et du consensus suppose que l'unanimité serait l'état normal et surtout souhaitable de la société et des groupes. S'il n'y a pas unanimité, il y a une majorité dans le vrai et une minorité fallacieuse. Elle a résisté au pouvoir de persuasion de l'orateur et a refusé de reconnaître la défaite que lui a infligée le dialecticien. Il ne lui reste plus qu'à faire sécession ou à émigrer vers un monde nouveau (Rosanvallon, 2008-2009).

Mais on peut faire l'hypothèse que la coexistence d'opinions contradictoires représente au contraire l'état normal, ni pathologique ni transitoire, que ce soit dans le domaine socio-politique ou dans celui des idées. La démocratie ne vit pas de l'élimination des différences, et le vote n'élimine pas la minorité; les choses sont un peu plus complexes. Comme l'a écrit très heureusement un correspondant du journal El País, no se trata de convencer sino de convivir”: le problème n'est pas de convaincre l'autre, mais de vivre avec lui.

La différence d'opinion est non pas un malheur transitoire, mais l'état normal et stable des groupes humains, dans notre monde sublunaire. L’argumentation donne des mots aux conflits et permet de vivre en situation de contradiction; c’est une technique de gestion des différences, parfois en les réduisant, parfois en les faisant prospérer pour le bien de tous. Il s'ensuit que la théorie de l'argumentation peut rester agnostique sur la question de la persuasion et du consensus.

 

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 Recibido: 5/02/2011 | Aceptado: 01/03/2011

 


 

[1] Sur “la vérité sur la justice et sur la bonté des choses ou même des hommes” (Phèdre 272d-e).

[2] Cette distinction ne correspond pas non plus à celle qu’on pratiquait, dans les années 60, entre une rhétorique restreinte opposée à une rhétorique générale (Genette, 1970) et elle n’a rien à voir avec celle qui oppose une rhétorique des arguments et une rhétorique des figures (Groupe µ, 1970; Plantin, 2008).

[3] Pour ne pas confondre a priori ce qui relève de l'éthos et ce qui relève de l'éthique, on a intérêt à bien différencier les adjectifs correspondants. La théorie rhétorique américaine utilise l'adjectif dérivé ethotic. En français, on peut utiliser le calque éthotique, ou éthoïque.